quelcom > archivo : textos

english / español / romaneste

 

UNE NOUVELLE VISION DU MONDE

LA TRANSDISCIPLINARITÉ

Extrait du livre LA TRANSDISCIPLINARITÉ - Manifeste,

par Basarab Nicolescu

Éditions du Rocher, Col. "Transdisciplinarité", Monaco 1996

 

 

Le processus de déclin des civilisations est d'une grande complexité

et il plonge ses racines dans la plus totale obscurité.

Bien entendu, on peut trouver après coup de multiples explications

et rationalisations, sans parvenir à dissiper le sentiment d'un

irrationnel agissant au coeur même de ce processus.

Les acteurs d'une civilisation bien déterminée, des grandes masses

aux grands décideurs, même s'ils prennent plus ou moins conscience

du processus de déclin, semblent impuissants à arrêter la chute de

leur civilisation. Une chose est certaine : un grand décalage entre les

mentalités des acteurs et les nécessités internes de développement

d'un type de société, accompagne toujours la chute d'une

civilisation. Tout se passe comme si les connaissances et les savoirs

qu'une civilisation ne cesse d'accumuler ne pouvaient être intégrées

dans l'être intérieur de ceux qui composent cette civilisation.

Or, après tout, c'est l'être humain qui se trouve ou devrait

se trouver au centre de toute civilisation digne de ce nom.

 

La croissance sans précédent des savoirs à notre époque rend

légitime la question de l'adaptation des mentalités à ces savoirs.

L'enjeu est de taille car l'extension continue de la civilisation de

type occidental à l'échelle planétaire rendrait sa chute équivalente

à un incendie planétaire sans commune mesure avec les deux

premières guerres mondiales.

 

Pour la pensée classique il n'y a que deux solutions de sortie d'une

situation de déclin : la révolution sociale ou le retour à un supposé

"âge d'or".

 

La révolution sociale a déjà été expérimentée au cours du siècle qui

s'achève et ses résultats ont été catastrophiques. L'homme nouveau

n'était qu'un homme creux et triste. Quels que soient les

aménagements cosmétiques que le concept de "révolution sociale"

ne tardera de subir dans l'avenir, ils ne pourront pas effacer de

notre mémoire collective ce qui a été effectivement expérimenté.

 

Le retour à l'âge d'or n'a pas encore été essayé, pour la simple

raison que l'âge d'or n'a pas été retrouvé. Même si on suppose

que cet âge d'or a existé dans des temps immémoriaux, ce retour

devrait nécessairement s'accompagner d'une révolution intérieure

dogmatique , image en miroir de la révolution sociale. Les différents

intégrismes religieux qui couvrent la surface de la terre de leur

manteau noir sont un mauvais présage de la violence et du sang

qui pourraient jaillir de cette caricature de "révolution intérieure".

 

Mais, comme toujours, il y a une troisième solution.

Cette troisième solution fait l'objet du présent manifeste.

 

L'harmonie entre les mentalités et les savoirs présuppose que

ces savoirs soient intelligibles, compréhensibles. Mais une

compréhension peut-elle encore exister à l'ère du big bang

disciplinaire et de la spécialisation à outrance ?

 

Un Pic de la Mirandole à notre époque est inconcevable. Deux

spécialistes de la même discipline ont aujourd'hui du mal à

comprendre leurs propres résultats réciproques. Cela n'a rien de

monstrueux dans la mesure où c'est l'intelligence collective de la

communauté attachée à cette discipline qui la fait progresser, et

non pas un seul cerveau qui devrait forcément connaître tous les

résultats de tous ses collègues-cerveaux, ce qui est impossible.

Car il y a aujourd'hui des centaines de disciplines. Comment un

physicien théoricien des particules pourrait-il vraiment dialoguer

avec un neurophysiologiste, un mathématicien avec un poète, un

biologiste avec un économiste, un politicien avec un informaticien,

au-delà de généralités plus ou moins banales ? Et pourtant un

véritable décideur devrait pouvoir dialoguer avec tous à la fois. Le

langage disciplinaire est un barrage apparemment infranchissable

pour un néophyte. Et nous sommes tous les néophytes des autres.

La Tour de Babel serait-elle inévitable ?

 

Néanmoins, un Pic de la Mirandole à notre époque est concevable

dans la forme d'un superordinateur dans lequel on pourrait injecter

toutes les connaissances de toutes les disciplines.

Ce superordinateur pourrait tout savoir mais ne rien comprendre.

L'utilisateur de ce superordinateur ne serait pas dans une meilleure

situation que le superordinateur lui-même. Il aurait instantanément

accès à n'importe quel résultat de n'importe quelle discipline, mais il

serait incapable de comprendre leurs significations et encore moins

de faire des liens entre les résultats des différentes disciplines.

 

Ce processus de babélisation ne peut pas continuer sans mettre en

danger notre propre existence, car il signifie qu'un décideur devient,

malgré lui, de plus en plus incompétent. Les défis majeurs de notre

époque, comme par exemple les défis d'ordre éthique, réclament

de plus en plus de compétences. Mais la somme des meilleurs

spécialistes dans leurs domaines ne peut engendrer, de toute

évidence, qu'une incompétence généralisée, car la somme des

compétences n'est pas la compétence : sur le plan technique,

l'intersection entre les différents domaines du savoir est un

ensemble vide. Or, qu'est-ce qu'un décideur, individuel ou collectif,

sinon celui qui est capable de prendre en compte toutes les données

du problème qu'il examine ?

 

Le besoin indispensable de liens entre les différentes disciplines

s'est traduit par l'émergence, vers le milieu du XXème siècle, de

la pluridisciplinarité et de l'interdisciplinarité.

 

La pluridisciplinarité concerne l'étude d'un objet d'une seule et même

discipline par plusieurs disciplines à la fois . Par exemple, un tableau

de Giotto peut être étudié par le regard de l'histoire de l'art croisé

avec celui de la physique, la chimie, l'histoire des religions, l'histoire

de l'Europe et la géométrie. Ou bien, la philosophie marxiste peut

être étudiée par le regard croisé de la philosophie avec la physique,

l'économie, la psychanalyse ou la littérature. L'objet sortira ainsi

enrichi du croisement de plusieurs disciplines. La connaissance de

l'objet dans sa propre discipline est approfondie par un apport

pluridisciplinaire fécond. La recherche pluridisciplinaire apporte un

plus à la discipline en question (l'histoire de l'art ou la philosophie,

dans nos exemples), mais ce "plus" est au service exclusif de cette

même discipline. Autrement dit, la démarche pluridisciplinaire

déborde les disciplines mais sa finalité reste inscrite dans le cadre

de la recherche disciplinaire.

 

L'interdisciplinarité a une ambition différente de celle de la

pluridisciplinarité. Elle concerne le transfert des méthodes d'une

discipline à l'autre . On peut distinguer trois degrés de

l'interdisciplinarité : a) un degré d'application. Par exemple, les

méthodes de la physique nucléaire transférées à la médecine

conduisent à l'apparition de nouveaux traitements du cancer ;

b) un degré épistémologique. Par exemple, le transfert des

méthodes de la logique formelle dans le domaine du droit génère

des analyses intéressantes dans l'épistémologie du droit ;

c) un degré d'engendrement de nouvelles disciplines. Par exemple,

le transfert des méthodes de la mathématique dans le domaine de la

physique a engendré la physique mathématique, de la physique des

particules à l'astrophysique - la cosmologie quantique, de la

mathématique aux phénomènes météorologiques ou ceux de la

bourse - la théorie du chaos, de l'informatique dans l'art - l'art

informatique. Comme la pluridisciplinarité, l'interdisciplinarité

déborde les disciplines mais sa finalité reste aussi inscrite dans la

recherche disciplinaire. Par son troisième degré, l'interdisciplinarité

contribue même au big bang disciplinaire.

 

La transdisciplinarité concerne, comme le préfixe "trans" l'indique,

ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les différentes

disciplines et au delà de toute discipline.

Sa finalité est la compréhension du monde présent ,

dont un des impératifs est l'unité de la connaissance.

 

Y a-t-il quelque chose entre et à travers les disciplines et au delà de

toute discipline ? Du point de vue de la pensée classique il n'y a rien,

strictement rien. L'espace en question est vide, complètement vide,

comme le vide de la physique classique. Même si elle renonce à la

vision pyramidale de la connaissance, la pensée classique considère

que chaque fragment de la pyramide, engendré par le big bang

disciplinaire, est une pyramide entière; chaque discipline clame que

le champ de sa pertinence est inépuisable. Pour la pensée classique,

la transdisciplinarité est une absurdité car elle n'a pas d'objet.

En revanche pour la transdisciplinarité, la pensée classique n'est

pas absurde mais son champ d'application est reconnu comme étant

restreint.

 

En présence de plusieurs niveaux de Réalité, l'espace entre les

disciplines et au delà des disciplines est plein, comme le vide

quantique est plein de toutes les potentialités: de la particule

quantique aux galaxies, du quark aux éléments lourds qui

conditionnent l'apparition de la vie dans l'Univers.

 

La structure discontinue des niveaux de Réalité détermine la

structure discontinue de l'espace transdisciplinaire, qui, à son tour,

explique pourquoi la recherche transdisciplinaire est radicalement

distincte de la recherche disciplinaire, tout en lui étant

complémentaire. La recherche disciplinaire concerne, tout au plus,

un seul et même niveau de Réalité; d'ailleurs, dans la plupart des

cas, elle ne concerne que des fragments d'un seul et même niveau

de Réalité. En revanche, la transdisciplinarité s'intéresse à la

dynamique engendrée par l'action de plusieurs niveaux de Réalité

à la fois. La découverte de cette dynamique passe nécessairement

par la connaissance disciplinaire. La transdisciplinarité, tout en

n'étant pas une nouvelle discipline ou une nouvelle hyperdiscipline,

se nourrit de la recherche disciplinaire, qui, à son tour, est éclairée

d'une manière nouvelle et féconde par la connaissance

transdisciplinaire. Dans ce sens, les recherches disciplinaires et

transdisciplinaires ne sont pas antagonistes mais complémentaires.

 

Les trois piliers de la transdisciplinarité - les niveaux de Réalité, la

logique du tiers inclus et la complexité - déterminent la méthodologie

de la recherche transdisciplinaire .

 

Un saisissant parallèle existe entre les trois piliers de la

transdisciplinarité et les trois postulats de la science moderne.

 

Les trois postulats méthodologiques de la science moderne sont

restés inchangés de Galilée jusqu'à nos jours, malgré l'infinie

diversité des méthodes, théories et modèles qui ont traversé

l'histoire des différentes disciplines scientifiques. Mais une seule

science satisfait entièrement et intégralement les trois postulats:

la physique. Les autres disciplines scientifiques ne satisfont que

partiellement les trois postulats méthodologiques de la science

moderne. Toutefois, l'absence d'une formalisation mathématique

rigoureuse de la psychologie, de l'histoire des religions et d'une

multitude d'autres disciplines ne conduit pas à l'élimination de ces

disciplines du champ de la science. Même les sciences de pointe,

comme la biologie moléculaire, ne peuvent pas prétendre, tout du

moins pour l'instant, à une formalisation mathématique aussi

rigoureuse que celle de la physique. Autrement dit, il y a des degrés

de disciplinarité en fonction de la prise en compte, plus ou moins

complète, des trois postulats méthodologiques de la science

moderne.

 

De même, la prise en compte plus ou moins complète des trois

piliers méthodologiques de la recherche transdisciplinaire engendre

différents degrés de transdisciplinarité.

La recherche transdisciplinaire correspondant à un certain degré

de transdisciplinarité s'approchera plutôt de la multidisciplinarité

(comme dans le cas de l'éthique); celle à un autre degré - de

l'interdisciplinarité (comme dans le cas de l'épistémologie);

et celle encore à un autre degré - de la disciplinarité.

 

La disciplinarité, la pluridisciplinarité, l'interdisciplinarité et la

transdisciplinarité sont les quatre flèches d'un seul et même arc:

celui de la connaissance.

 

Comme dans le cas de la disciplinarité, la recherche

transdisciplinaire n'est pas antagoniste mais complémentaire de

la recherche pluri et interdisciplinaire. La transdisciplinarité est

néanmoins radicalement distincte de la pluridisciplinarité et de

l'interdisciplinarité, de par sa finalité, la compréhension du monde

présent, qu'il est impossible d'inscrire dans la recherche disciplinaire.

La finalité de la pluri et de l'interdisciplinarité est toujours la

recherche disciplinaire. Si la transdisciplinarité est si souvent

confondue avec l'interdisciplinarité et la pluridisciplinarité (comme,

d'ailleurs, l'interdisciplinarité est si souvent confondue avec la

pluridisciplinarité), cela s'explique en majeure partie par le fait que

toutes les trois débordent les disciplines. Cette confusion est très

nocive dans la mesure où elle occulte les finalités différentes de ces

trois nouvelles approches.

 

Tout en reconnaissant le caractère radicalement distinct de la

transdisciplinarité par rapport à la disciplinarité, la pluridisciplinarité

et l'interdisciplinarité, il serait extrêmement dangereux d'absolutiser

cette distinction, auquel cas la transdisciplinarité serait vidée de tout

son contenu et son efficacité dans l'action réduite à néant.

 

Le caractère complémentaire des approches disciplinaire,

pluridisciplinaire, interdisciplinaire et transdisciplinaire est

mis en évidence d'une manière éclatante, par exemple, dans

l'accompagnement des mourants. Cette démarche relativement

nouvelle de notre civilisation est d'une extrême importance, car, en

reconnaissant le rôle de notre mort dans notre vie, nous découvrons

des dimensions insoupçonnées de la vie elle-même.

L'accompagnement des mourants ne peut faire l'économie d'une

recherche transdisciplinaire dans la mesure où la compréhension du

monde présent passe par la compréhension du sens de notre vie et

du sens de notre mort en ce monde qui est nôtre.

 

 

Basarab Nicolescu

Centre International de Recherches et d’Études Transdisciplinaires / CIRET

http://perso.club-internet.fr/nicol/ciret/vision.htm

http://perso.club-internet.fr/nicol/ciret/

E-mail : nicol@club-internet.fr

 

 

 

quelcom > archivo : textos

 

 

english 

 

A NEW VISION OF THE WORLD

THE TRANSDISCIPLINARITY

 

Summary from the book LA TRANSDISCIPLINARITÉ - Manifeste,

Basarab Nicolescu

Éditions du Rocher, Col. "Transdisciplinarité", Monaco 1996

 

 

The process of the decline of civilizations is one of enormous

complexity and its roots lie deeply buried in the most profound

obscurity. Of course one can find multiple after the fact explanations

and rationalizations without ever successfully dispelling the feeling

that there is an irrational element at work in the very heart of the

process. From the great masses to the great decision makers, the

actors in a very well-defined civilization, even if they become more

or less aware of the processes of decline, appear powerless to stop

the fall of their civilization.

 

One thing is certain: a great unbalance between the mentalities of

the actors and the inner needs of the development of a particular

type of society always accompanies the fall of a civilization. Although

a civilization never stops proliferating new knowledge, it is as if that

knowledge can never be integrated within the interior being of those

who belong to this civilization. And after all, it is the human being

who must be placed in the center of any civilization worthy of the

name.

 

The unprecedented increase of knowledge in our era renders the

question of how to adapt our mentality to this knowledge a legitimate

challenge. The challenge is enormous because the influence of the

Western style of civilization throughout the planet is so pervasive

that its downfall would be the equivalent of a planetary conflagration

far exceeding the destruction which we suffered in the two world

wars.

 

Within the framework of classical thought, the only existing solutions

for escape from a declining situation are a social revolution or a

return to a supposedly "Golden Age".

 

Social revolution has already been experienced in the course of

the century now coming to an end and its results have been

catastrophic. The New Man turned out to be only a sad, empty man.

No matter what cosmetic ameliorations the concept of "social

revolution" undergoes they will never be able to erase from our

collective memory that which has actually been experienced.

 

The return to a Golden Age has not yet been tried, for the simple

reason that the existence of a Golden Age in the first place has not

been established. Even if one supposes that a Golden Age did exist

in time immemorial, such a return would necessarily have to be

accompanied by an interior dogmatic revolution , the mirror image

of the social revolution. The different religious fundamentalisms

which cover the surface of the earth with their black mantle are an

evil portent of the violence and blood which would burst forth from

this caricature of authentic "interior revolution."

 

As always, there is a third solution.

This third solution constitutes the object of the present manifesto.

 

Harmony between mentalities and knowledge presupposes that

these known facts would be intelligible, comprehensible. But can

such understanding exist in the era of the disciplinary big bang and

relentless specialization?

 

In our time, a Pico della Mirandola is inconceivable. Today, two

specialists in the same discipline must make a serious effort in order

to understand their respective results. There is nothing especially

troubling about this in so far as it is the collective intelligence of the

community attached to this discipline which makes it progress, not

simply a single brain which must necessarily know all the results of

all his colleagues' brains, clearly an impossibility. Today there are

hundreds of disciplines. How can a theoretical particle physicist truly

dialogue with a neurophysiologist, a mathematician with a poet,

a biologist with an economist, a politician with a computer

programmer, beyond mouthing more or less trivial generalities?

Yet, a true decision-maker must be able to dialogue with all of them

at once. Disciplinary language is an apparently insurmountable

barrier for a neophyte, and each of us is a neophyte in some area.

Is a modern tower of Babel inevitable?

 

Perhaps a Pico della Mirandola in our time could be conceivable if he

took the form of a supercomputer into which one could load all the

known data which has been generated by all existing disciplines.

This supercomputer would be capable of knowing everything while

understanding nothing. Its user would be no better off than the

supercomputer itself. The user would have immediate access to any

results from any discipline, but would be incapable of understanding

their meanings, still less of making connections between the results

of different disciplines.

 

This process of "Babelization" cannot continue without putting our

own existence into danger because a decision-maker becomes

increasingly more incompetent regardless of his or her intention.

Without exception, each of the major challenges of our era - for

example, the challenge of formulating an ethics adapted to the

contemporary world - require more and more compe tencies.

However, it is obvious that even a group comprised of the best

specialists from all the various disciplines would only be able to

develop one generalized incompetence, for the simple reason that

the sum total of competencies is not competence: on the technical

level, the intersection between different domains of knowledge is

an empty ensemble. Now, what is a decision maker, individual or

collective, if not capable of taking into account all the givens of the

problem being examined?

 

The indispensable need for bridges between the different disciplines

is attested to by the emergence of pluridisciplinarity and

interdisciplinarity around the middle of the 20th century.

 

Pluridisciplinarity concerns studying a research topic not in only one

discipline but in several at the same time . For example, a painting

by Giotto can be studied not only within art history but within history

of religions, European history, and geometry. Or else Marxist

philosophy can be studied with a view toward blending philosophy

with physics, economics, psychoanalysis or literature. The topic in

question will ultimately be enriched by blending the perspectives of

several disciplines. Moreover, our understanding of the topic in

terms of its own discipline is deepened by a fertile multidisciplinary

approach. Multidisciplinarity brings a plus to the discipline in question

(the history of art or philosophy in our examples), but we must

remember that this "plus" is always in the exclusive service of the

home discipline. In other words, the multidisciplinary approach

overflows disciplinary boundaries while its goal remains limited

to the framework of disciplinary research .

 

Interdisciplinarity has a different goal from multidisciplinarity.

It concerns the transfer of methods from one discipline to another.

One can distinguish three degrees of interdisciplinarity:

a)   a degree of application. For example, when the methods of

nuclear physics are transferred to medicine it leads to the

appearance of new treatments for cancer;

b)   an epistemological degree. For example, transferring methods

of formal logic to the area of general law generates some interesting

analyses of the epistemology of law;

c)    a degree of the generation of new disciplines. For example,

when methods from mathe matics were transferred to physics

mathematical physics was generated, and when they were

transferred to meterological phenomena or stock market processes

they generated chaos theory; transferring methods from particle

physics to astrophysics produced quantum cosmology; and from the

transfer of computer methods to art computer art was derived. Like

pluridisciplinarity, interdisciplinarity overflows the disciplines but ist

goal still remains within the framework of disciplinary research.

It is through the third degree that interdisciplinarity contributes to

the disciplinary big bang.

 

As the prefix "trans" indicates, transdisciplinarity concerns that which

is at once between the disciplines, across the different disciplines,

and beyond all discipline. Its goal is the understanding of the present

world , of which one of the imperatives is the unity of knowledge.

 

Is there something between and across the disciplines and beyond

all disciplines? From the point of view of classical thought there is

nothing, strictly nothing: the space in question is empty, completely

empty, like the vacuum of classical physics. Even if it renounces the

pyramidal vision of knowledge, classical thought considers each

fragment of the pyramid which is generated by the disciplinary big

bang as an entire pyramid; each discipline claims that it is sufficient

unto itself. For classical thought, transdisciplinarity appears absurd

because it does not appear to have an object. In contrast, within the

framework of transdisciplinarity, classical thought does not appear

absurd; rather, it simply appears to have a restricted sphere of

applicability.

 

In the presence of several levels of Reality the space between

disciplines and beyond disciplines is full just as the quantum vacuum

is full of all potentialities: from the quantum particle to the galaxies,

from the quark to the heavy elements which condition the

appearance of life in the universe. The discontinuous structure of

the levels of Reality determines the discontinuous structure of

transdisciplinary space , which in turn explains why transdisciplinary

research is radical ly distinct from disciplinary research, even while

being entirely complementary. Disciplinary research concerns, at

most, one and the same level of Reality ; moreover, in most cases,

it only concerns fragments of one level of Reality. On the contrary,

transdisciplinarity concerns the dynamics engendered by the action

of several levels of Reality at once . The discovery of these

dynamics necessarily passes through disciplinary knowledge. While

not a new discipline or a new superdiscipline, transdisciplinarity is

nourished by disciplinary research; in turn, disciplinary research is

clarified by transdisciplinary knowledge in a new, fertile way.

In this sense, disciplinary and transdisciplinary research are

not antagonistic but complementary.

 

The three pillars of transdisciplinarity - levels of Reality, the logic of

the included middle, and complexity - determine the methodology of

transdisciplinary research.

 

There is an interesting parallel between the three pillars of

transdisciplinarity and the three postulates of modern science.

 

In spite of an almost infinite diversity of methods, theories and

models which have traversed the history of different scientific

disciplines, the three methodological postulates of modern science

have remained unchanged from Galileo until our day. Only one

science has entirely and integrally satisfied the three postulates:

physics. The other scientific disciplines only partially satisfy the three

methodological postulates of modern science. However, the absence

of rigorous mathematical formalization in psychology, history of

religions, and a multitude of other disciplines does not lead to the

elimination of these disciplines from the field of science. At least for

the moment, not even an exact science like molecular biology, can

claim a mathematical formalization as rigorous as that of phys ics.

In other words, there are degrees of disciplinarity which can

respectively take into account more or less completely the three

methodological postulates of modern science.

 

Likewise, the process of more or less completely taking account

of the three methodological pillars of transdisciplinary research

generates different degrees of transdisciplinarity. Transdisciplinary

research which corresponds to a certain degree of transdisciplinarity

will be closer to multidisciplinarity (as in the case of ethics); one

which corresponds to another degree will be closer to

interdisciplinarity (as in the case of epistemology); and that

corresponding to yet another degree will be closer to disciplinarity.

 

Disciplinarity, multidisciplinarity, interdisciplinarity and

transdisciplinarity are like four arrows shot from but a single bow:

knowledge.

 

As in the case of disciplinarity, transdisciplinary research is

not antagonistic but complementary to multidisciplinarity and

interdisciplinarity research. Transdisciplinarity is nevertheless

radically distinct from multidisciplinarity and interdisciplinarity